Logo checknews.fr

Votre question

Des instructions ont-elles été données pour intervenir le plus tard possible contre les black blocs pendant la manif du 1er mai?
posée par Thomas, le 02/05/2018

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question pour la raccourcir. Vous nous aviez demandé: «Est-il vrai que des instructions ont été données pour intervenir le plus tard possible contre le black bloc pendant la manif du 1 er mai pour pousser au débordement ? Si oui, par qui ? Préfecture ? Ministère de l'intérieur?»

Libération a consacré un article à ce sujet ce jeudi 3 mai. Notre collègue Ismaël Halissat explique que les forces de l'ordre ont en effet choisi de retarder au maximum la confrontation. 

Depuis la mort de Malik Oussekine, le 6 décembre 1986, après une manifestation contre la loi Devaquet, «des postures policières de plus en plus défensives sont adoptées : plutôt que de charger tout de suite les manifestants pour les disperser, les policiers ont désormais comme objectif de contenir les violences le plus longtemps possible», écrit Libération avant d'expliquer que cette méthode avait été mise entre parenthèse pendant les manifestations contre la loi Travail en 2016 :

Pour gérer ce groupe de manifestants [les black blocs], la préfecture de police avait choisi, lors de la mobilisation de 2016 contre la loi Travail, une tactique à l’opposé de la doctrine d’évitement développée depuis plus de trente ans. Les forces de l’ordre encadraient alors le cortège le plus radical de près. Les boucliers des policiers et gendarmes étaient parfois collés aux manifestants. Les affrontements commençaient souvent dès les premiers mètres du parcours. Et à chaque fois, de très nombreux blessés étaient comptabilisés en fin de journée.

Cette stratégie a finalement été abandonnée par la préfecture depuis l’arrivée à sa tête, de Michel Delpuech en avril 2017. Mardi, les forces de l’ordre étaient donc positionnées loin des manifestants et avaient reçu l’ordre de n’intervenir qu’après les premières dégradations, notamment avec des camions équipés de canons à eau. A l’arrière, le cortège syndical a été détourné pour éviter la zone d’affrontements. Avec un résultat probant : seulement quelques blessés légers. Mais un corollaire visiblement compliqué à assumer politiquement : 6 véhicules incendiés et 31 commerces dégradés. La préfecture préfère retenir comme étalon les 283 interpellations et les 109 personnes placées en garde à vue.

En 2007, le journaliste David Dufresne relayait déjà les interrogations auxquelles vous faites allusion sur cette stratégie délibérée pour «pousser au débordement». Dans Maintien de l'ordre, il revenait ainsi sur la gestion de la manifestation étudiante de 2006 contre le CPE aux Invalides, et soulignait: «C'est précisément ce flou, cette retenue, ce décalage entre des troupes surentrainées et cette sensation de retard délibéré, qui nourrissent toutes les théories». Et citait le député Roger-Gérard Schwartzenberg qui avait proposé la création d'une enquête parlementaire et interrogeait: «Ce maintien des consignes initiales, devenues très inadaptées à la situation et entraînant la poursuite des violences et des dégradations, résulte-t-il d'une carence du ministère de l'intérieur ou d'un calcul ? Dans cette seconde hypothèse - difficile à concevoir -, quel aurait été l'objectif visé : tenter de discréditer le mouvement étudiant en l'assimilant aux violences et dégradations commises ou/et dissuader les étudiants, agressés par les casseurs, de participer à de nouvelles manifestations contre le CPE ?»

En résumé, c'est le nouveau préfet de police de Paris qui a décidé, en avril 2017, de revenir à la tactique - utilisée depuis trente ans - consistant à intervenir le plus tard possible. Pas forcément pour pousser aux débordements comme vous le sous-entendez dans votre question, mais pour «repousser au maximum le contact avec les manifestants et éviter d’avoir à répondre d’un blessé grave ou d’un mort».

Cordialement, 

P.M

Mise à jour jeudi 3 mai à 12h50: ajout du paragraphe sur Maintien de l'ordre de David Dufresne. 


Cette réponse vous a plu? Vous souhaitez en lire d'autres? Abonnez-vous à nos comptes Facebook ou Twitter pour continuer à nous suivre.

Partagez cette réponse

Nos dernières réponses