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Votre question

Avait-on déjà vu un intervieweur appeler un président de la République par son nom et non par sa fonction ?
posée par Gilles, le 16/04/2018

Bonjour,

Pour vous répondre en un mot : oui (plusieurs fois).

Votre question fait écho à l'interview, le dimanche 15 avril 2018, du président de la République Emmanuel Macron par les journalistes Jean-Jacques Bourdin (BFM/RMC) et Edwy Plenel (Mediapart). Bourdin commence sa première prise de parole par «Bonsoir Monsieur le président». Après la réponse de l'intéressé, Plenel donne le ton et l'interpelle par son prénom et son nom, «Emmanuel Macron». Pendant tout le reste de l'interview, les deux journalistes l'appelleront donc ainsi  (ou quelques fois «Monsieur Macron», mais jamais «Monsieur le président»).

Ce choix des deux intervieweurs (commme celui de ne pas porter de cravate) a été abondament commenté et critiqué. Il n'est pourtant pas inédit.

Plusieurs contre-exemples

Il est difficile de se procurer les verbatims de l'ensemble des interviews présidentielles à la télévision, mais sur le site vie-publique.fr CheckNews a retrouvé plusieurs exercices où les journalistes avaient préféré, une ou plusieurs fois, le patronyme à la fonction.

Lorsque Valéry Giscard d'Estaing est l'invité du «Grand Débat» sur TF1, en mars 1981, à un moment, le journaliste Jean-Claude Le Fevre demande: «Est-ce que, monsieur Valéry Giscard-d'Estaing, est-ce que vous aurez recours au référendum […] ?»

Rebelotte un mois plus tard, juste avant la présidentielle, en avril 1981, sur Europe 1. Probablement aidés par le statut de candidat à l'élection présidentielle toute proche, les journalistes sont loin de s'en tenir à sa fonction de président. Pierre Charpy, Noël Copin, Guy Thomas alternent entre «Monsieur le président» et «Valéry Giscard d'Estaing». C'est d'ailleurs en l'appelant par son prénom que Gérard Carreyou avait commencé l'interview.

Habitué du genre, Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1) appelait répétitivement le candidat François Mitterrand par son prénom et son nom en avril puis en mai 1988, oubliant parfois le premier, débutant son interview par «Monsieur Mitterrand, bonsoir». Le président socialiste sortant avait peu ou prou droit aux mêmes égards sur RTL à la même époque. Idem en mai 1992, de nouveau face à Elkabbach, qui lui donne toujours du «Monsieur Mitterrand» – cette fois-ci le président n'était plus candidat.

Enfin, le cas le plus emblématique reste l'interview de François Hollande, en mai 2014... par Jean-Jacques Bourdin. Ce dernier l'appelait par son prénom et son nom une douzaine de fois durant l'interview. Dès le départ, le journaliste de BFMTV/RMC prévenait :

Bonjour, merci d'être avec nous ce matin. Monsieur le président je vais vous appeler, mais je vais aussi vous appeler François Hollande. Merci d'honorer votre promesse faite il y a près de deux ans, je me souviens, vous êtes ici pour répondre aux questions des auditeurs, des téléspectateurs aussi, tout à l'heure entre 9h00 et 9h30, dialogue direct sans aucune complaisance avec les Français, leurs questions et les miennes ne vous ont pas été soumises François Hollande, bien entendu
 

Différence majeure avec ses prédécesseurs: le «Monsieur» sautait définitivement. Exit aussi le «Monsieur le président».

C'est ce qu'il s'est également passé lors de l'interview de Macron du 15 avril, puisque les journalistes l'appellent essentiellement par son prénom et son nom.

Cette liste et ce décompte n'ont pas vocation à l'exhaustivité, mais plutôt valeur de contre-exemples. N'ont pas été recensés les cas où le ou la journaliste parle du président à la troisième personne, avec des questions du type : «Pour qui le citoyen François Mitterrand va-t-il voter ?»

«Ça ne veut pas dire que je ne respecte pas la fonction»

Quant au choix du dimanche 15 avril d'Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, ils s'en sont expliqués au lendemain de l'interview sur le plateau de BFM. Quand on leur demande s'ils se sont entendus entre eux pour ne pas mettre de cravate et appeler le président par son nom, Bourdin commence :

Ecoutez on n'a pas eu besoin de s'entendre. On était d'accord. Vous remarquerez j'ai commencé par « Bonsoir, M. le Président », et ensuite Emmanuel Macron parce qu'on est entré dans l'interview. Quand je suis là le matin à 8h35, tous mes interlocuteurs, qu'ils soient président, ministre, chef de l'opposition, je les appelle toujours par leur nom et leur prénom. Comme on le fait dans une conversation, ce n'est pas pour autant que je ne respecte pas la fonction présidentielle. Pas du tout, chacun à sa place. Mais en l'occurrence, nous sommes sur le même plateau, ensemble, pour parler de l'avenir de notre pays. Je ne vois pas pourquoi j'aurais tout à coup cet acte déférent, « M. le président », ça ne veut pas dire que je ne respecte pas la fonction.

Relancé, Edwy Plenel ajoute :

L'affichage «pas de cravate, Emmanuel Macron», c'est dire attendez, on vous a élu, demain vous n'êtes plus président. On est égaux en dignité et en droit. On était dans le lieu où a été proclamé que tous les êtres humains sont égaux en dignité et en droits [c'est au théâtre de Chaillot qu'a été adoptée, le 10 décembtre 1948, la Déclaration universelle des droits de l'Homme].

Fabien Leboucq


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