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Votre question

Les journalistes ont-ils été empêchés de filmer l'intervention des forces de l'ordre à Notre-Dame-des-Landes?
posée par Ferdinand, le 09/04/2018

Bonjour,

Votre question fait référence à l'évacuation en cours de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Elle a débuté dans la nuit du 8 au 9 avril. Des journalistes présents sur place ont commencé à tweeter au milieu de la nuit pour raconter en direct les événéments auxquels ils assistaient. C'est le cas de ceux de Ouest France et du Monde, par exemple.

En début de matinée, des journalistes affirment avoir été bloqués sur la route. Selon 20 Minutes, au moins l'un d'entre eux a vu sa carte de presse photographiée par les gendarmes.

L'envoyé spécial de RMC [et non de RFI comme nous l'écrivions initialement] sur place évoque même, dans un tweet matinal confirmant que les journalistes étaient sortis de la ZAD, une «guerre de la communication». A 10h30, un photojournaliste indépendant confirme sur Twitter à CheckNews que les journalistes étaient «écartés au possible par les gendarmes». Un peu plus tard en fin de matinée, idem pour la reporter de Russia Today, contactée par CheckNews sur Twitter également. Les gendarmes n'ont pas motivé leur refus de les laisser approcher, elle et «beaucoup d'autres journalistes». Selon elle, «il y a un cordon policier».

L'envoyé spécial de Libération à Notre-Dame-des-Landes raconte la même histoire, dans son article sur le début de l'évacuation.

La plupart des journalistes en ont aussi été pour leurs frais : après avoir été bloqués à l’entrée sud de la ZAD, une trentaine d’entre eux se sont aventurés dans les bois et les champs, par nuit noire, à la lumière de lampes frontales et des projecteurs de leurs caméras, pour entrapercevoir la D281… Peine perdue : au bout d’une heure et demie de marche, alors qu’ils touchaient au but, ils ont été reconduits sous escorte policière jusqu’à leur point de départ. Télés et photographes ont néanmoins pu prendre au passage quelques furtives images, la gendarmerie leur promettant de leur fournir les siennes. Les journalistes ont aussi pu croiser, à 6 heures pétantes, l’arrivée de la préfète de Loire-Atlantique et de son directeur de cabinet. Mais ce sera à peu près tout : les petits malins qui ont voulu tenter leur chance par d’autres chemins de traverse ont connu le même sort, des gendarmes bloquant les entrées de tous les chemins donnant sur la D281.

«Oui, c'est la merde pour les journalistes»

Selon les informations de CheckNews, l'argumentaire des forces de l'ordre pour interdire les journalistes sur place est le suivant: «Il ne s'agit pas d'une manifestation, mais d'une opération de gendarmerie. Que ce soit dans un champ ou dans une rue, on ne laisse approcher personne quand les forces de l'ordre interviennent de la sorte.» L'opération d'évacuation portant d'abord sur le D281 – la fameuse «route des chicanes» – , elle seule serait interdite d'accès, fermée au nord et au sud. Entre les deux, dans les champs que traversent la D281, des gendarmes empêchaient également le passage – ce que racontent plusieurs journalistes présents sur place. Notre source ministérielle résume: «Oui, c'est la merde pour les journalistes, mais il ne s'agit pas de les empêcher d'informer. On a demandé aux gendarmes d'être corrects avec eux. Même s'ils se doivent aussi d'être fermes.»

D'ailleurs, la gendarmerie se targue de pouvoir fournir des images «libres de droit» aux rédactions qui le souhaitent. Voici ce qu'on lit dans le communiqué du ministère de l'Intérieur: 

Pour la sécurité de tous, le ministère de l’Intérieur appelle les équipes de reporters
présentes sur place à la responsabilité, en veillant à ne pas se mettre en danger
inutilement et à ne pas gêner les manœuvres opérées par la Gendarmerie Nationale.
Les journalistes sont invités à se rapprocher de la Préfecture de Loire-Atlantique, qui
met à leur disposition un espace presse. La Gendarmerie nationale mettra à disposition des rédactions, des photos et vidéos de
l’opération libres de droits.

Une décision vivement critiquée par la profession.

Votre question a été coupée, mais elle portait aussi sur ce point. Vous demandiez pourquoi Libé ne boycottait pas ces images officielles, communiquées par les forces de l'ordre et le gouvernement. Au moment de l'écriture de ces lignes, Libération n'avait utilisé, pour raconter l'évacuation de la ZAD, que des images de photographes d'agence ou de journalistes sur place. La rédaction ne prévoit pas de déroger à cette règle.

Une exception: la viralisation de la précédente réponse CheckNews sur la ZAD, qui concernait les blindés mobilisés par la gendarmerie. Pour illustrer l'article sur les réseaux, une capture d'écran d'une vidéo de la gendarmerie (où l'on voit un blindé) a été utilisée.

 

EDIT à 14h50: Sollicitée par CheckNews, la préfecture de Loire-Atlantique nous répond en ces termes : 

Tout est mis en œuvre pour permettre aux médias de faire leur travail d'information en toute sécurité et sans prise de risque. Des prises de paroles officielles et des points de situation sont organisés régulièrement. Il vous est toutefois rappelé qu'il s'agit d'une opération de gendarmerie et non une manifestation, les journalistes n'y ont donc pas accès pour des raisons évidentes de sécurité. Enfin, l'espace presse mentionné par le ministère de l'Intérieur consiste en une salle de presse mise à la disposition des journalistes dans l'Hôtel de la préfecture à Nantes [à une trentaine de kilomètres de la ZAD].

L'envoyé spécial de RMC précise en début d'après midi avoir «finalement pu rejoindre les zadistes à l'ouest de la zone mais impossible de voir les expulsions et les destructions menées par les gendarmes».

EDIT à 19h30: en fin d'après-midi, l'association Reporters sans frontières publie un tweet, où l'association estime que «le ministère de l'Intérieur n'a pas vocation à empêcher les journalistes d'accéder à certains lieux ni à fournir des images officielles. La presse doit pouvoir couvrir librement Notre-Dames-des-Landes.»

Fabien Leboucq

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