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Votre question

La "théorie du ruissellement" dont on entend beaucoup parler, surtout du côté de la France insoumise, est-elle reconnue par les économistes?
posée par Charlotte, le 22/01/2018

Bonjour, 

Il est en effet souvent question de «théorie du ruissellement» notamment de la part des Insoumis. En pleine réforme de l'ISF et de la taxation du capital, en septembre 2017, Jean-Luc Mélenchon avait ainsi attaqué Édouard Philippe sur le plateau de L'Émission politique, en lui expliquant que la théorie du ruissellement, ça ne marchait pas.

L'idée générale est que l'enrichissement des plus riches profite in fine aux plus modestes, par «ruissellement», donc. Mais comme cela a déjà été raconté dans la presse (dans Libération notamment, mais aussi sur Rue89), la «théorie du ruissellement» n'existe pas, et ne repose sur aucune assise scientifique. 

Aucun économiste n'a jamais développé l'idée selon laquelle il serait bon pour l'économie d'augumenter la richesse des plus riches, en diminuant leurs impôts par exemple.

En revanche, c'est une idée dont on trouve trace dans le débat politique américain... pour la vanter ou la contredire. Dès 1896, le candidat démocrate à la présidence américaine, Willial Jennings Bryan, avait vivement critiqué ses adversaires républicains, «ceux qui croient que si on légifère pour rendre les nantis plus prospères, leur prospérité se répandra jusqu'à ceux qui se trouvent en dessous». A l'inverse, en 1981, le directeur du Budget de Ronald Reagan avait bien tenté de défendre les vertus du «trickle down» («trickle» signifiant «ruisseler» en anglais) dans le cadre des mesures antisociales du président américain. Tout en reconnaissant plus tard que c'était en fait un retour à la «vieille doctrine républicaine». 

Depuis 2015, et la publication d'une étude signée par plusieurs économistes du FMI, il est encore plus délicat d'utiliser cette «théorie» comme argument politique. Les conclusions de cette étude, citée par la patronne du FMI Christine Lagarde, étaient, en effet, sans appel : plus les riches s'enrichissent, et plus la croissance est faible. 

A noter que le gouvernement actuel s'est toujours défendu d'invoquer la théorie du ruissellement. «C'est une ânerie, ça n'existe pas», avait déclaré le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, sur France Inter le 9 octobre. Ce sont les adversaires politiques de la majorité qui ont estimé que les arguments gouvernementaux pour justifier la refonte de l'ISF (la réforme va permettre aux plus aisés d'injecter plus de capital dans l'économie française) s'apparentaient à cette théorie décriée.

Bien cordialement, 

Robin A. 

 

 

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