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Votre question

Au cours des 18 premiers mois de l'expérimentation de l'abaissement à 80 km/h sur certains axes, le nombre de victimes, toutes gravités confondues, a-t-il fortement augmenté ?
posée par pascal, le 10/01/2018

Bonjour,

Votre question fait référence au plan «Sauvons plus de vies sur nos routes», présenté par le Premier  ministre Edouard Philippe, le 9 janvier, au sortir du Conseil interministériel de la sécurité routière (CISR). Il contient 18 mesures, et l'une vous a particulièrement préoccupées. Elle consiste à:

Réduire de 90 km/hà 80 km/h les vitesses maximales autorisées sur les routes à double-sens, sans séparateur central en dehors des routes à deux fois deux voies et des routes à troies voies qui sont conçues pour permettre des dépassements sécurisés.»

En fait, la vitesse a déjà été limitée à 80 km/h plutôt qu’à 90 km/h sur plusieurs axes, entre le 1er juillet 2015 et le 1er juillet 2017, à l’initiative du ministre de l’Intérieur de l’époque Bernard Cazeneuve. Au total, un peu plus de 80 kilomètres de route, répartis entre la Drôme, l’Yonne, la Nièvre et la Haute-Saône ont été l’objet d’une expérimentation.

Test en débat

Un article du site radars-auto, publié lundi 8 janvier et partagé près de 70 000 fois sur Facebook au moment de l’écriture de ces lignes a mis en lumière cette expérimentation. Avec un titre aguicheur… mais surtout trompeur, ou du moins très discutable: «Plus de victimes d’accidents dans les zones tests de la vitesse à 80 km/h». L’adresse URL de l’article montre d’ailleurs qu’il a été renommé, probablement pour être plus attractif. Son titre original était «Le bilan de l’accidentologie dans les zones tests à 80 km/h».

D’abord, le papier reprend les résultats de cette expérimentation tels qu’ils ont été décrits par le Premier ministre à un sénateur, dans un courrier. Des résultats qu’Edouard Philippe a confirmé devant la presse, mardi 9 janvier: «La vitesse moyenne a baissé d’environ 7 %, la fluidité du trafic n’a pas été altérée, et l’accidentalité a diminué avec une réduction de 25 % du nombre d’accidents, et 50 % de tués en moins, 3 morts contre 6 au cours des deux années précédentes, 5 blessés hospitalisés en moins, 21 pour 26.»

«On compare des choux et des carottes»

Mais plus loin, l’auteur écrit «En exploitant la base de données des accidents corporels fournie par le ministère de l'Intérieur, nous n'arrivons pas au même bilan comptable.» S’en suit une litanie de chiffre un peu absconse. Des chiffres qui ne recoupent qu’à moitié ceux communiqués par le Premier ministre. Par exemple, le site compte, sur la période test, 3 décès, comme Matignon. Mais il évoque 4 décès sur les périodes précédentes, en moyenne, là où Philippe en voit 6.

Aussi, l’auteur a compté «19 blessés hospitalisés, contre une moyenne de 14.66 pour les périodes précédentes.» Edouard Philippe lui, en comptait respectivement 21 et 26.

C’est en partie normal, puisque l’article s’appuie sur des statistiques sur 18 mois, alors qu’Edouard Philippe communiquait sur les deux années de test, et les deux années précédentes (plutôt que d’établir une moyenne sur plusieurs périodes).

«On compare des choux et des carottes», s’agace Emmanuel Barbe, délégué interministérielle à la sécurité routière (DISR) que nous avons interrogé sur cet article.

Le fonctionnaire explique que ses services ont eu un peu de mal à comprendre la méthodologie du site internet : «Ils n’ont pas comparé les mêmes zones, pas les mêmes séries, ils font des moyennes...» Et de résumer: «Je ne dis pas que c’est faux, ou que c’est vrai, je dis juste que l’accidentologie est une affaire de spécialistes. Dans le cas de ce site, on a l’impression qu’ils ont commencé leur démonstration par ce qu’ils avaient envie de prouver.»

Parole contre parole ? Les données brutes des statistiques de la sécurité routière relèvent en effet d’un certain niveau d’expertise. Quoiqu’il en soit, le cas de cette expérimentation, et des différentes interprétations qui en sont faites, n’est pas pertinent, juge Emmanuel Barbe. «Ils parlent de 18 mois, Edouard Philippe a communiqué sur deux ans… alors que tous les accidentologues savent que pour avoir des résultats statistiquement sérieux, il faut au moins que l’observation dure 5 ans.»

Dans un article dans son édition de lundi, Libération évoquait les véritables batailles d’études dans ce domaine. Relevant aussi dans la foulée que la longueur des routes testées dans ce cas précis (86 kilomètres) ne permettait pas de tirer d’enseignements statistiques solides.

Routes trop courtes, testées trop peu de temps… Le Premier ministre n’a pas manqué de le rappeler, lors de sa conférence de presse de mardi, où il évoquait une expérimentation qui «n’est pas déterminante dans le choix du gouvernement» de baisser la vitesse maximale autorisée de 90 km/h à 80 km/h.

Nous vous l’expliquions dans une autre réponse Checknews, et dans l’édition d’aujourd’hui de Libération, Edouard Philippe et ses collaborateurs se fondent principalement sur l’observation de la diminution concomitante des vitesses (-7%) et de la mortalité (-37%) sur les routes entre 2002 et 2005.

Fabien Leboucq

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