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Votre question

Le taux de crimes violents et de viols est-il vraiment 15 fois plus élevé chez les réfugiés que chez les Allemands?
posée par Damien Rieu, le 10/01/2018

Bonjour,

Votre question renvoie vers une série de messages publiés sur Twitter par le blogueur Philippe Lemoine. Dans cette trame, le Twittos mentionne deux statistiques, celles des agressions violentes et celles des agressions sexuelles commises en 2016 en Allemagne.

D’où proviennent ces chiffres?

Les graphiques présentés par Philippe Lemoine citent comme source les statistiques criminelles publiées par la police allemande en 2016. Chaque année, le Bundeskriminalamt (l’office fédéral de la police criminelle d’Allemagne) rend publiques les statistiques de la criminalité. Dans son rapport pour l’année 2016 figurent les données concernant les crimes violents ainsi que les agressions sexuelles et viols. Dans leur présentation, on distingue trois catégories: le total, les étrangers et une sous-catégorie des étrangers, les Zuwanderer (qu'on peut traduire par les "migrants"). Cette dernière sous-catégorie est définie par le rapport ainsi: “Les migrants, dans le sens de cette présentation, sont les personnes suspectes ayant comme statut de résident “demandeur d’asile”, “titre de séjour provisoirement toléré (Duldung)”, “réfugié par contingent / réfugié de guerre civile” et “illégal””.

A partir des données du Bundeskriminalamt, nous avons calculé également, le nombre de suspects allemands. Voici donc les chiffres officiels pour l’année 2016:

Philippe Lemoine montre ces statistiques exprimées pour 100 000 habitants dans le cas des crimes violents et pour un million d’habitants pour les viols et agressions sexuelles. Considérant les chiffres officiels de 73,5 millions d’Allemands, de 9 millions d’étrangers et de 1,1 millions de demandeurs d’asile (tous indiqués dans la colonne Bevölkerung Ende 2016), on peut donc calculer les taux de 2 437 crimes violents pour 100 000 migrants contre 153 pour 100 000 Allemands, et à 875 viols ou agressions sexuelles pour un million de migrants contre 54 pour le même nombre d’Allemands. Il s'agit dans les deux cas d'un rapport de 1 à 16. 

Les conclusions de Philippe Lemoine appellent quelques précisions

Si les chiffres bruts sont bons, l’analyse du blogueur repose sur plusieurs approximations.

Précisons d'abord que les statistiques de la criminalité concernent des personnes suspectées (en allemand Tatverdächtige) de crimes, et non pas des condamnés (Verurteilte). Aux yeux de la loi, il ne s’agit donc pas de personnes jugées comme coupables de viols ou de crimes violents.

L'office fédéral de la crminialité estime qu'il est trompeur de calculer les taux de suspects étrangers

Par ailleurs, l’office fédéral de la criminalité met en garde contre la comparaison des taux de criminalité. Voici ce qu'explique le service :

Les données de la statistique criminelle de la police ne permettent pas une comparaison de la criminalité des Allemands et des étrangers. Des groupes d’étrangers comme les touristes, les forces armées étrangères en déploiement et les personnes se trouvant en situation illégale en Allemagne ne sont pas comptabilisées dans les chiffres de la population. Il serait trompeur de comparer la part de suspects non-allemands avec celle des étrangers vivant en Allemagne. Pour cette raison, les statistiques de la police criminelle renoncent aux calcul du taux de suspects étrangers.

Il est imprécis de parler de «réfugiés»

En matière d'immigration et de demande d'asile, le vocabulaire peut être trompeur, et l'utilisation des termes «migrants», réfugiés, demandeurs d'asile renvoie à des catégories précises, qu'on ne doit pas confondre. A ce titre, l'usage dans votre question (et dans les tweets de Philippe Lemoine du terme «réfugiés» est porteur de confusion.

Contacté par Check News, l’office fédéral allemand de la criminalité confirme ce qu’il écrit dans son rapport: “les personnes reconnues comme ayant droit à une protection ou bénéficiant de l’asile ne sont pas comptées dans le groupe des migrants (Zuwanderer).” Ce qui signifie donc que toutes les personnes ayant obtenu l’asile en Allemagne et qui sont donc légalement considérées comme «réfugiés», ne figurent pas dans la catégorie “migrants”.

Une criminalité plus élevée chez les hommes de moins de 30 ans

Interrogés sur ces chiffres, les autorités allemande donne des éléments d'explication.

Il est d'abord précisé que les statistiques de la criminalité ne sont pas le miroir de l’ensemble de la criminalité en Allemagne, mais uniquement des plaintes déposées. Comme à chaque fois qu'il s'agit d'étudier le liens entre l'immigration et la délinquance, les spécialistes précisent que la part des étrangers est susceptible d’être surestimée car interpellée plus souvent. Le service de presse du ministère de l'Intérieur allemand, citant ainsi "les connaissances criminologiques", met en avant le fait que les crimes commis par des migrants sont plus souvent signalés à la police que ceux commis par les Allemands.

Le même porte-parole du ministère de l'Interieur allemand évoque, parmi les pistes qui permettent d'expliquer la criminalité des étrangers et tout particulièrement des demandeurs d'asile, la question de l'âge et du genre. Le ministère rappelle que ceux-ci sont des caractéristiques, qui jouent un rôle important pour tous les groupes de la population. Selon les données disponibles (et qui concernent donc seulement les Allemands), on distingue que les taux de criminalité sont plus élevés chez les hommes et plus particulièrement pour les jeunes âgés de 14 à 30 ans.

Actuellement on retrouve notamment plus de jeunes hommes parmi les demandeurs d'asile que dans la moyenne de la population. Ainsi en 2015, environ 69 % des demandeurs d'asile étaient des hommes et plus de 70% d'entre eux avaient moins de 30 ans. Ainsi, pour une comparaison globale, on notera que les groupes, qui apparaissent habituellement comme suspects de crimes, sont surreprésentés chez les migrants.

Enfin le service de presse ajoute aux pistes explicatives "les conditions de vie des migrants" (qui se différencient de celle de la population allemande par leur difficulté d'accès au marché du travail et du logement, ainsi que leur présence majoritairement en zone urbaine).

Cordialement,

Jacques Pezet

MAJ le 13 janvier avec ajout d'une précision de l'office fédéral de la criminalité

Sur le même sujet, du lien entre immigration et délinquance Libération avait publié un article il y a trois ans.

 


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